Un moment fort du prochain Forum chrétien francophone sera une célébration à la cathédrale de Lausanne, le 22 octobre 2027, qui marquera aussi les 100 ans du mouvement Foi et Constitution qui y a tenu sa première conférence mondiale.
Les sept textes bibliques du livret de l’Ecole de la Parole en Suisse romande, tirés de la première lettre aux Corinthiens, sont mis en lien avec les 7 thèmes qui ont été discutés à Lausanne en 1927.
Voici l’introduction au livret (Télécharger ici le livret)
1 Corinthiens – Un appel à l’unité
La première lettre aux Corinthiens nous introduit dans une Église traversée par de profondes tensions. Des groupes se forment, certains se réclamant de Paul, d’autres d’Apollos, révélant des rivalités qui fragilisent la communion. Les conflits vont jusqu’aux tribunaux, signe d’une rupture du lien fraternel. À ces divisions s’ajoutent des désordres moraux, des incompréhensions sur la vie conjugale, des pratiques héritées du paganisme et un manque de solidarité entre riches et pauvres, jusque dans la célébration du repas du Seigneur. Même la foi en la résurrection est contestée. Ces crises montrent une communauté en perte de repères, où la vie en Christ peine à s’incarner de manière cohérente.
Une Église pourtant aimée et appelée
Malgré ce tableau contrasté, l’attitude de Paul surprend. Il ne renonce pas à cette Église. Il la reconnaît comme bénéficiaire de la grâce et ne cesse de remercier Dieu pour elle. Dès les premières lignes, il affirme la richesse spirituelle qui lui a été donnée en Jésus-Christ. Et au terme de sa lettre, il lui adresse encore une parole de bénédiction et d’amour. Cette fidélité de l’apôtre manifeste une conviction essentielle : Dieu demeure à l’œuvre dans son Église, même lorsqu’elle traverse des désordres.
Jésus-Christ au cœur de l’unité
Face aux divisions, Paul ne propose pas une stratégie complexe. Il recentre tout sur une seule réalité : Jésus-Christ crucifié : « J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. » (2.2)
Cette expression ne désigne pas seulement l’événement de la croix, mais l’ensemble d’une vie marquée par l’abaissement et l’obéissance. De l’incarnation à la croix, en passant par la vie cachée et le service, Jésus manifeste une manière d’être fondée sur l’humilité et le don de soi. La croix devient ainsi le critère de toute vie chrétienne. Elle éclaire les relations au sein de la communauté et révèle ce qu’est l’amour véritable, tel que Paul le décrit : patient, désintéressé, fidèle. L’unité ne peut naître que de cette conversion à l’amour du Christ.
Paul en était convaincu : la mort n’a pas pu retenir Celui qui n’a fait qu’aimer. Dieu l’a ressuscité et désormais le Ressuscité est à jamais vivant parmi nous. Il désire infuser dans notre cœur son humilité et nous donne son Esprit pour faire de nous des ouvriers de vérité et de justice. Le fruit de son œuvre dans nos vies est la paix et l’unité dans la communauté.
Lausanne 1927 : un appel à l’unité
La Conférence de Lausanne s’inscrit dans cette même perspective. Réunissant des Églises marquées par leurs différences, elle a posé un acte significatif : reconnaître la division, en déplorer la persistance et chercher ensemble un chemin de réconciliation. Son appel à l’unité ne repose pas d’abord sur des accords institutionnels, mais sur une disposition spirituelle faite de repentance et de foi. Les participants ont compris que l’unité se reçoit comme un don, dans l’obéissance à la volonté de Dieu.
Écouter ensemble la Parole
La Conférence de Lausanne a affirmé que l’Église est servante de l’Évangile, centré sur Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Cette conviction rejoint celle de l’École de la Parole : l’unité se construit lorsque les croyants se mettent ensemble à l’écoute de l’Écriture. La lectio divina communautaire offre un espace où chacun se tient non pour défendre une position, mais pour accueillir une Parole qui le dépasse. Ainsi, comme à Corinthe et comme à Lausanne, l’Église est appelée à se laisser renouveler par le Christ, afin que ses divisions soient surmontées par la réconciliation et la vie nouvelle offertes par l’Évangile de Jésus-Christ.
Martin Hoegger, membre du comité de l’École de la Parole
De Corinthe à Lausanne
Les sept célébrations sur 1 Corinthiens font écho aux sept points discutés lors de la Conférence de Lausanne[1].
Appel à l’unité
« Je vous exhorte, frères, au nom de notre Seigneur Jésus Christ : soyez tous d’accord, et qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis dans un même esprit et dans une même pensée. » (1Cor 1.10)
« Dieu veut l’unité. Notre présence à cette Conférence témoigne de notre désir de soumettre notre volonté à la sienne. Quelles que soient les raisons que nous puissions invoquer pour justifier les prémices de la désunion, nous déplorons sa persistance et devons désormais œuvrer, dans la repentance et la foi, à la reconstruction de nos murs brisés. »
- Mission de l’Église : l’Évangile
« Nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. » (1.23-24)
« L’Évangile est le message joyeux de la rédemption, ici-bas et dans l’au-delà, le don de Dieu à l’être humain pécheur en Jésus-Christ… Jésus-Christ, en tant que crucifié et vivant, en tant que Sauveur et Seigneur, est également le centre de l’Évangile…Parce qu’il est lui-même l’Évangile, l’Évangile est le message de l’Église au monde. »
- Nature de l’Église
« Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie. Or vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. » (12.26-27)
« Jésus-Christ est le Chef de l’Église, et le Saint-Esprit en est la vie permanente. L’Église, en tant que communion des croyants en Jésus-Christ, est, selon le Nouveau Testament, le peuple de la Nouvelle Alliance, le Corps du Christ et le Temple de Dieu, édifié sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire.»
- Confession de foi de l’Église
« Je vous ai transmis en premier lieu ce que j’avais reçu moi-même : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures. Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Il est apparu à Céphas, puis aux Douze.» (15.3-5)
« Malgré les différences doctrinales qui existent entre nous, nous sommes unis dans une foi chrétienne commune qui est proclamée dans les Saintes Écritures et dont le témoignage et la sauvegarde se trouvent dans le Credo de Nicée, et dans le Credo des Apôtres, foi qui est continuellement confirmée dans l’expérience spirituelle de l’Église du Christ. »
- Ministère de l’Église
« Qu’on nous considère donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. Or, ce qu’on demande en fin de compte à des intendants, c’est de se montrer fidèles. » (4.1-2)
« Le ministère est un don de Dieu à son Église par le Christ et est essentiel à l’existence et au bien-être de l’Église… Son but est de communiquer les bienfaits salvateurs et sanctifiants du Christ par le service pastoral, la prédication de l’Évangile et l’administration des sacrements, qui sont rendus effectifs par la foi. »
- Sacrements de l’Église
« Voici ce que moi j’ai reçu du Seigneur, et ce que je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi. » (11.23-24)
« Nous croyons que, dans la Sainte Cène, notre Seigneur est présent, que nous sommes en communion avec Dieu notre Père en Jésus-Christ, son Fils, notre Seigneur vivant, qui est notre seul Pain, donné pour la vie du monde, soutenant la vie de tout son peuple, et que nous sommes en communion avec tous ceux qui sont unis à lui. »
- Unité dans l’amour
« Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand. » (13.13)
« Il existe de nombreuses preuves que lorsque des communions (d’Églises) entreprennent ensemble la tâche divine d’apporter l’amour du Christ à ceux qui ne le connaissent pas, elles se rapprochent les unes des autres.»
« Nous qui avons eu le privilège de travailler ensemble, nous l’avons fait dans la joie d’une liberté sans entraves. Nous ne devons pas oublier, dans cette liberté qui nous est si familière, les souffrances que certains de nos frères et soeurs chrétiens endurent en ce moment même. Privés de liberté, dans un environnement hostile, leur cri monte vers Dieu depuis la maison de leur martyre. Nos prières les enveloppent et notre sympathie tend vers eux des bras affectueux. »
[1] Cf. Reports of the World Conference on Faith and Order, Lausanne, Switzerland, August 3 to 21, 1927, Boston, 1928.
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